Le sous-marin italien SLC 200 "Maiali"






"" Les exploits des "Hommes-Torpilles Italiens ""
Maquette Victoria Model au 1/35 en résine.   Référence n°4057.




Historique : Condensé de la revue Collection les documents n°13 aux éditions Hachette.



Diorama réalisé par le club MHCDS : Model Hobby Club Du Sud  (Luxembourg).
Les photos sont de l'exposition de Virton 2015 (Belgique).




Historique : Le 1er novembre 1918, dix jours avant la fin de la Première Guerre mondiale, deux nageurs italiens, Paolucci et Rossetti, sont mis à l'eau par un torpilleur devant l'entrée du port autrichien de Pola. Ils parviennent, au prix d'immenses efforts, à porter deux charges de trinitrotoluène à l'intérieur du port, à les fixer sur la coque du cuirassé Viribus Unitis. L'explosion crève la coque du navire, qui coule. Les nageurs parviennent à s'échapper.

En 1936, deux ingénieurs, Teseo Tesei et Toschi, reprennent l'idée, développent et améliorent la torpille à l'extrémité de laquelle avaient été placée les charges explosives de leurs devanciers. Le résultat Maiale ou Maiali (cochon) à cause de ses formes rondelettes, mais officiellement baptisé SLC (torpille à marche lente), est un engin long de 6,70 m et d'un diamètre de 53 cm, sur lequel deux hommes peuvent monter à califourchon.
Son moteur électrique le propulse à la vitesse maximale de deux nœuds et demi, dans un rayon d'action d'une dizaine de milles. Ses parois possèdent une résistance à la pression qui permet une immersion à 30 m de profondeur. A part des bouteilles d'oxygène pur à haute pression, assurant une autonomie de six heures. Inspiration et expiration s'effectuent à travers un tube relié à un sac respiratoire en caoutchouc où l'oxygène s'emmagasine à pression réduite. Plusieurs incidents graves seront dus à la défectuosité du système d'absorption du gaz carbonique.
La charge explosive (300 kg) est placée dans un cône amovible placé à l'avant du Maiale. Celui-ci possède un système d'auto-destruction.
La mise en oeuvre consiste à amener le SLC sous un navire ennemi au mouillage, à tendre une corde d'une quille de roulis à l'autre, à détacher la charge explosive, à l'accrocher à la corde, puis à déclencher la mise à feu munie d'un système d'horlogerie et à fuir à la nage après avoir coulé le Maiale (à moins qu'on parvienne à l'utiliser au retour comme à l'aller).
Reste le problème de l'acheminement jusqu'au voisinage de l'objectif. Il est d'abord résolu par l'utilisation d'un sous-marin porteur. De gros cylindres métalliques étanches sont fixés sur le pont, un à l'avant, deux à l'arrière.
Arrivé à pied d'oeuvre, le sous-marin fait surface, les pilotes des engins sortent, ouvrent les portes des cylindrées, mettent les SLC à l'eau, les enfourchent et partent vers leurs objectifs soit en surface, soit en plongée. Le sous-marin porteur rejoint sa base. Une fois la mission terminée, les nageurs gagnent un rivage neutre ou se laissent capturer.
La maquette finement réalisée par le club Luxembourgeois.

Teseo Tesei, il avait mis au point le Maiale. A Malte, il se fit sauter avec la charge qu'il avait accrochée au filet anti sous-marin placé à l'entrée du port de La Valette. (photo D.R.).
Source: La revue Collection les documents n°13 aux éditions Hachette.


A u moment où l'Italie entre dans la guerre, la flotte anglaise domine la Méditerranée, avec ses bases de Gibraltar, Malte et Alexandrie. Cependant Malte, trop proche de la Sicile et des bases du sud de l'Italie, constitue un lieu de stationnement trop inconfortable et ne jouera qu'un rôle de transit et de ravitaillement, tout au moins au début de la guerre. La flotte de sa Majesté est donc répartie entre les bases de Gibraltar et d'Alexandrie, trop éloignées pour le rayon d'action des bombardiers du Duce. C'est là que les hommes-torpilles vont essayer de frapper.

"" Premiers échecs des Maiali ""
Les premières missions vont constituer autant d'échecs qui pourraient décourager les plus opiniâtres. En août 1940, le sous-marin Iride, le torpilleur Calipso et le vapeur Monte Gargano se rassemblent dans le golfe de Bomba, près de Tobrouk. Le premier doit prendre à son bord, pour les amener devant Alexandrie, quatre SLC avec leurs équipements, qui arrivent d'Italie sur le Calipso. Le 21, dans l'après-midi, des avions anglais remarquent ce rassemblement. Le lendemain, au moment où le transbordement s'achève, trois avions torpilleurs coulent dès le premier passage l'Iride et le Monte Gardano, et endommagent le Calipso. Les plongeurs réussissent à récupérer leurs quatre engins, mais la mission est terminée. Elle n'a même pas commencé.
Heureusement, deux autres sous-marins viennent d'être équipés pour le transport des SLC. Ce sont le Gondar et le Sciré, ce dernier commandé par le prince Valerio Borghèse qui, en trois ans, va franchir tous les échelons de la hiérarchie de la Flotille des Engins d'Assaut.
Le Gondar quitte La Spezia le 21 septembre au soi, emportant trois engins. Le 29, il est devant Alexandrie. C'est pour recevoir, par radio, l'ordre de rentrer : le port est vide. Sur le chemin du retour, il est repéré et attaqué à la grenade sous-marine. Le Gondar sombre. Tout l'équipage et les nageurs sont fait prisonniers.
A la même date, le Sciré se présente devant Gibraltar. Il reçoit le même contre-ordre que le Gondar : l'escadre anglaise a quitté Gibraltar. Plus heureux que son homologue, le Sciré regagne La Spezia sans encombre.
Ce diorama résumait en somme, le travail des "Hommes-Torpilles" Italiens, de plus il était saisissant de réalité, il fallait plusieurs minutes à découvrir tout ce qui l'y avait dessus. 


Il revient sur les lieux fin octobre 1940. Les trois équipent mettent leurs Maiali à l'eau. Aucune des trois ne pourra remplir sa mission. L'engin de Durand de la Pene a été déformé par la pression de l'eau lors d'une plongée du Sciré à plus de 40 m; l'eau pénètre à l'intérieur, on est obligé de le larguer : il coule. Les appareils respiratoires de l'équipe Tesei fonctionnent mal et le coéquipier de Tesei manque de peu d'être asphyxié. Pour comble de malchance, leur Maiale s'échouera et les Britanniques le récupéreront, l’étudieront et le copieront.
Le Maiale de la troisième équipe flotte mal; il a probablement souffert des mêmes inconvénients que celui de la première équipe. Cependant Birindelli s'acharne. Il pénètre dans le port, c'est la première fois qu'on accomplit pareil exploit. Mais resté seul (son coéquipier a dû abandonner par suite d'asphyxie), épuisé, lâché à son tour par son appareil respiratoire, il doit renoncer alors qu'il n'est plus qu'à soixante mètres de son objectif. Lui a réussi à détruire son engin. Les deux autres équipes ont pu regagner le rivage espagnol à la nage, d'où un réseau d'évasion assure leur retour en Italie.
Une troisième mission du Sciré à Gibraltar se déroule en mai 1941. Un fait nouveau facilite beaucoup les choses. Matériels et opérateurs ne voyagent plus à bord du sous-marin. Ils sont expédiés par avion et chemin de fer jusqu'à Cadix où un pétrolier italien, le Fulgor, a été interné depuis le début de la guerre. Les hommes sont censés être des marins venant relever quelques membres de l'équipage du Fulgor. Les SLC sont démontés, empaquetés, et franchissent la douane sans difficultés.
De nuit, le Sciré vient discrètement se ranger le long du pétrolier. On boit un bo cognac, on prend une douche chaude, on dîne (spaghetti et légumes frais) et on embarque tranquillement. Gibraltar, c'est presque la porte à côté. Ainsi, les hommes sont en pleine forme et les engins évitent les aléas d'une longue traversée.    
     
Cependant, cette troisième mission du Sciré à Gibraltar ne sera pas  plus heureuse que les précédentes. Une fois de plus, le port est vide. Mais il y a des navires en rade. Tant pis pour eux ! Les trois Maiale sont mis à l'eau. L'ingénieur Mareglia est victime d'un malaise soudain, si grave que ses deux coéquipiers laissent tomber la mission pour le secourir. Leur Maiale coule. L'engin Visintini le prend en remorque. Vesco est à son tour pris de malaises. La corde d'amarrage se rompt. Finalement, après bien des péripéties, les deux Maiali sont perdus.



"" Crabb contre Cochons ""
Les Maiali retourneront encore une fois à Alexandrie. Ce sera pour essayer d'achever le Queen Elisabeth que les Anglais ont mis en réparation dans un bassin de carénage (le seul dont ils disposent en Méditerranée). La base d'opération est toujours Leros. Le sous-marin Ambra remplace le Sciré. Une innovation : les nageurs peuvent désormais quitter le sous-marin par un sas, sans faire surface. Le 14 mai 1942, l'Ambra arrive devant Alexandrie. Mais la chance de décembre 1941 n'est plus au rendez-vous. 


Le Queen Elizabeth charge à bord des containers de cordite et un obus d'une tonne. 
Source: La revue Collection les documents n°13 aux éditions Hachette.

 

D'abord, l'Ambra n'a pas manœuvré avec la précision du Sciré et se trouve à deux milles du point prévu. Ensuite, projecteurs, fusées éclairantes, avions vedettes se sont multipliés. Les équipages doivent sans cesse plongée pour leur échapper. Lorsqu'ils font surface, les projecteurs les aveuglent. Ils perdent beaucoup de temps. A l'aube, ils renoncent à remplir leur mission. Deux équipages sont rapidement capturés par des Égyptiens. Le troisième, recueilli par des Italiens d'Egypte, échappe à la police anglaise durant plus d'un mois et se fait finalement prendre à son tour.
A partir de 1942, l'activité principale - la seule activité des Maiali - est dirigée contre Gibraltar. Cette place prend en effet une importance extrême. C'est le point de rassemblement et de dislocation des énormes convois venant d'Amérique pour alimenter les armées qui vont conquérir la Sicile, et débarquer en Italie, en attendant la Provence. Gibraltar est hors d'atteinte de l'aviation de l'Axe. Seule la dérisoire Xe Flottille peut en entreprendre le harcèlement.
Compte tenu de la disproportion des forces en présence, les résultats seront remarquables, mais ils ils n'entraîneront pas des conséquences comparables à celle de la "victoire" d'Alexandrie, c'est-à-dire que la stratégie des Alliés n'en sera pas sensiblement altérée.
Cependant du point de vue tactique, le "siège" de Gibraltar est riche d'enseignements. Un facteur nouveau vient d'apparaître, c'est la présence et l'utilisation de l'Olterra.
L'Olterra est un gros cargo italien, sabordé au début de la guerre dans les eaux territoriales espagnoles. Sur suggestion de la Xe Flottille, l'armateur l'a fait remettre à flot et remorquer dans le port d'Algésiras. Visintini a alors une idée géniale. Sous prétexte de carénage, on incline l'Olterra pour permettre à l'équipage de gratter, piquer et repeindre le flanc bâbord. Pour protéger les travailleurs du soleil, on installe une vaste toile qui, comme par hasard, les dissimule aux vues de Gibraltar. On perce alors au chalumeau une ouverture dans le flanc du navire. Le soir même, l'Olterra reprend son assiette normale, l'ouverture disparaît sous le niveau de la mer, un compartiment se trouve noyé : c'est l'écurie des Maiali.
Ceux-ci sont transportés en pièces détachées et remontés à bord. Ils peuvent alors sortir de l'Olterra et y rentrer , même en plein jour sans que personne puisse rien soupçonner. Désormais, plus de fatigantes traversées à bord de sous-marins, plus d'avaries pendant le transport, etc... Hommes et matériel sont à pied d'oeuvre, 24 heures sur 24, à quelques milles de leurs objectifs. Non loin de là, la villa "Carmela" sert d'observatoire et surveille les allées et venues dans le port de Gibraltar. Le consul britannique à Algesiras surveille l'Olterra avec puissante binoculaire. Les hommes-grenouilles se transforment en cambrioleurs, volent le binoculaire et l'installent à bord. 

Hommes-torpilles à fleur d'eau. On aperçoit devant le pilote le sommet du "pare-brise".
Source: La revue Collection les documents n°13 aux éditions Hachette.

C'est à cette époque qu'arrive à Gibraltar un officier démineur de la Marine britannique, nommé Crabb. Il savait à peine nager quand il a embrassé la carrière d'homme-grenouille. Et sans palmes ni auto-respirateur, il restera toujours piètre nageur. Mais, convenablement équipé, c'est un explorateur sous-marin extraordinaire. Il est vraiment fait pour cela. Et, en réalité, il ne sait faire que cela. Durant deux ans, dans le cadre de la guerre mondiale, va se dérouler un duel singulier, une guerre privée entre Crabb et les "cochons".
La tâche de ces derniers apparaît plus aisée que celle de leur adversaire. La densité des navires alliés est parfois telle que la plupart d'entre eux doivent rester en rade, certains jetant l'ancre à quelque 400 m de la rive espagnole. Ils deviennent alors une proie toute désignée pour les SLC. Le palmarès est brillant :
-- En juillet 1942, quatre navires coulés.
-- En septembre de la même année, un navire. 
-- En mai 1943, trois navires.
-- En juillet, deux.
-- En août, trois autres.
Borghèse est en train de mettre au point un projet d'attaque de Gibraltar, en plein jour, par canots explosifs, lorsque le 8 septembre, la radio lui apprend que l'Italie a conclu un armistice avec les Alliés. C'en est fini de l'Olterra. Son équipage s'éclipse, les Anglais s'en emparent et le remorquent jusque dans le port.
L'inventeur du projet Olterra, le commandant Visintini, n'est plus là pour assister à la ruine de son oeuvre. Il a péri, le 7 décembre 1942, dans des conditions dramatiques.
Le 5 décembre, une puissante escadre était entrée à Gibraltar, composée du bâtiment de ligne Nelson, du croiseur de bataille Renown, des porte-avions Furious et Formidable et de nombreuses petites unités d'escorte. Le 7 décembre, au soir, trois SLC quittent l'Olterra. Les objectifs sont assignés : pour Visintini, le Nelson; le Formidable pour Manisco; le Furious pour Cella. Les Anglais ont considérablement renforcé les défenses de la rade et du port. A tous les matériels, munitions, embarcations et projecteurs classiques, s'ajoutent des gadgets "boutiqués" par Crabb, tels ces sortes de mortiers qui lancent des boîtes métalliques nanties de fusées et remplies de trinitrotoluène. Ce système excite l'hilarité de tous les officiers du port et de la flotte ! Et pourtant c'est lui qui va sauver le Nelson et abattre Visintini.
Celui-ci sort le premier. Il traverse la rade avec une folle ténacité malgré les explosions qui secouent durement la mer. Il atteint les obstructions qui ferment l'entrée du port. Entre lui et son objectif, s'étend la zone des explosions. Il y pénètre. Une grenade tirée par un des mortier s de Crabb explose tout près de lui. Visintini et son coéquipier Magro meurent. 
Crabb, l'homme-grenouille anglais, chargé de la lutte contre les Maiali. Un de ses engins explosifs eut raison de Visintini, son adversaire italien.
Source: La revue Collection les documents n°13 aux éditions Hachette.


 


Manisco et Varini sont repérés à 23 h 50 par une sentinelle du "môle détaché". Un projecteur les accroche. Un bateau patrouilleur arrive à la verticale du point où le Maiale vient de plonger. Un matelot lance à la main une boîte de TNT. La vedette poursuit les deux Italiens qui, au bout de 20 minutes de chasse, épuisés "sonnés" par les explosions, abandonnent et se laissent capturer après avoir coulé leur engin.
Cella  et Leone sont encore loin quand la découverte de leurs camarades provoque l'alerte. Ils réussissent, à force d'immersions prolongées, à éviter la capture. Ils foncent vers Algésiras. Leone tombe et se noie. Cella, seul des six hommes-torpilles, réussit à rallier le port Les deux prisonniers font croire aux Anglais qu'ils ont été amenés à pied d'oeuvre par l'Ambra. Le secret de l'Olterra reste bien gardé.
Cependant les vedettes et les mortiers continuent à tirer aveuglément. Puis Crabb se met à l'eau pour inspecter les coques du Nelson et ces transports de troupe. Il ne trouve évidemment rien.
A 9 heures, il reçoit l'ordre de retrouver le "cochon" de Manisco et Varini. Pour ce faire, il va chercher une cloche à plongeur qu'on remet en service après 40 années de semi-retraite dans l'arrière-port. Pendant plus d'une semaine, la cloche poursuit ses explorations, sans résultat. Mais deux corps remontent à la surface, près de l'entrée du port. Ils portent encore des vêtements au nom de Visintini et Magro. Crabb sait ainsi que ses mortiers de fortune sont efficaces. Il s'enquiert des dispostions prises pour les obsèques ? Aucune. Avec Bailey, un des hommes de son équipe, Crabb achète une couronne mortuaire et deux pavillons italiens. Il demande à un prêtre de bien vouloir les accompagner sur un navire annexe qui se rend au milieu de la rade. Là, les deux corps sont ensevelis en mer, avec les honneurs militaires et probablement une prière du fond du cœur, en plus des prières officielles du prêtre, car si Crabb ignore qui étaient les deux morts, il sait que c'étaient des braves et qu'à ce titre on leur doit honneur et respect.     

Le "Cochon" en action. Le pilote, toujours un officier, enfonce son engin sous l'eau et gagne les fonds, son coéquipier derrière lui.
Source: La revue Collection les Documents n°13 aux éditions Hachette. 


 
 
 
 
 
 
Source: Collection les Documents n°13 aux éditions Hachette.




Jean-Marie





































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