L'histoire du North American F-86 "Sabre".








"" The victory of the wing soaring ""

                                                                                                                         Maquette Airfix au 1/72.  Référence A03082A.
Maquette Spécial Hobby au 1/48.  Référence : 48126.




Historique : Les deux premiers paragraphe de la revue l'Encyclopédie de l'Aviation n°19 aux éditions Atlas 1982.
Avions de Combat d'aujourd'hui de Corrado Barbieri aux éditions Continalux Verlag.





Réalisation du F-86F par M. Thierry François du Club les Malades du Plastique, (France).
Réalisation du F-86K par le Maquette Club de Colmar, (France).


Les photos sont de l'exposition de Belvaux (Luxembourg) en 2017, et
l'exposition de Saulxures-Les-Nancy (France) en 2014.




Historique : Pour les pilotes de chasse de l'US Air Force, qui venait tout juste d'être créée,le F-86 "Sabre", avec son aile en flèche et son entrée d'air en gueule de requin, marqua le début d'une ère nouvelle. Malgré son armement de base hérité des chasseurs de la Seconde Guerre mondiale (six mitrailleuses de 12,7 mm), c'était pour l'époque un avion remarquable, capable de franchir le mur du son en configuration lisse, mais même avec ses deux réservoirs supplémentaires.
En 1943, le bureau d'études de la firme North American, dirigé par J. Lee Atwood et Ray Rice, entreprit l'étude de projets de chasseurs à réaction en prenant comme base de départ la cellule du XP-51F "Mustang". Dès le milieu de l'année 1944, la décision fut prise de ne conserver que la voilure de ce dernier, excluant donc tout autre élément de la cellule. C'est alors qu'eurent lieu des pourparlers avec l'état-major de l'US Army Air Force, à Wright Field, qui, après plusieurs mois, aboutirent à la commande d'un appareil capable d'effectuer des missions d'escorte et de bombardement en piqué.
Outre diverses versions de "Mustang" et de "Twin Mustang", le constructeur avait alors en projet le chasseur à réaction NA-134 destiné à l'US Navy, et le NA-140 pour l'US Army Air Force.

La fin de la guerre en Europe permit aux américains de venir à connaissance des études faites par les allemands sur la propulsion à réaction et sur l'aérodynamique des avions capables d'atteindre des vitesses proches à la vitesse du son. A cette époque, la vitesse maximale des avions était limitée, pas autant par la puissance de leur moteur, mais plutôt par les phénomènes de compression, qui se manifestaient sous la forme d'ondes de choc, au niveau des éléments les plus proéminents de la cellule, à l'approche de la vitesse du son. La configuration de l'aile et des empennages en flèche, tournée vers l'arrière retardait l'apparition de ces phénomènes et permettait  des vitesses supérieures.
Le premier avion américain sur lequel on expérimenta cette caractéristique constructive fut le North American NA-140, dont la construction fut commandée sous le sigle XP-86, le 18 mai 1945. Toutefois ce projet au début n'avait pas été conçu avec les ailes en flèche : en fait la silhouette était de configuration traditionnelle, à l'aile droite et était semblable à un projet en cours de développement par l'US Navy, le XFJ-1.


Parmi d'autres, voici quelques " chiens de garde" du ciel européen en 1957 : c'était les North American F-86D et leur pilote de la base de Landstuhl (Allemagne de l'Ouest).  (Photo Lucien Espinasse).
Source: La couverture d'Aviation Magazine n°238 de novembre 1957.

Une maquette du NA-140 avec la voilure selon le premier dessin.

Le prototype du XP-86.
Source des deux photos: Avions de Combat d'aujourd'hui de Corrado Barbieri aux éditions Continalux Verlag.
Pour le XFJ-1 Model NA-134 trois prototypes furent construits, cette photo montre un FJ-1 de production en série avec moteur J-35GE-A2 ou A4.
Source: Wings of our Navy, du Maj. C. B. Colby aux éditions Murray 1952.


C'est le 1er novembre 1945 que l'on décida, après des essais statiques, d'introduire des ailes et des empennages à flèche de 35°. Le moteur prévu était un turboréacteur J-35, qui devait être alimenté par une entrée d'air frontale et dont l'échappement devait s'effectuer à travers une tuyère en queue. L'aile en flèche était basse et le cockpit était placé devant les ailes, se trouvant ainsi au-dessus de l'entrée d'air du moteur. Les plans horizontaux de queue étaient en dièdre positif.
Le prototype XP-86 vola à Muroc le 1er octobre 1947, propulsé par un turboréacteur Allison J35-C-3, de 1 800 kg de poussée, mais il était muni de freins aérodynamique placés sur les côtés du fuselage et d'hypersustentateurs à fente situés sur le bord d'attaque de l'aile (slats).
Le deuxième prototype, qui faisait partie de la commande initial de l'USAF, fut en pratique identique au premier. Le 28 décembre 1947, par suite de la bonne réussite des vols effectués avec ces prototypes, l'USAF commanda 33 exemplaires de série P-86A, à laquelle s'ajouta une commande de 521 exemplaires pour un total de 554, propulsés par un turboréacteurs General Electric J47-GE-1, de 2 200 kg de poussée.
  
L'Allison J-35, sur cette photo c'est un J-35A-23, qui était fabriqué par l'une des divisions de la General Motors, équipait sous différentes versions, un grand nombre d'avions américains, dont le Republic "Thunderjet".
Source: La revue Science et Vie spécial aviation année 1951.


L'armement consistait en 6 mitrailleuses M-3 de 12,7 mm, de 267 coups chacune, situées sur les côtés de l'entrée d'air et en 16 roquettes de 127 mm, transportables au moyen de points d'attaque sous-alaires, utilisables également pour le transport de réservoirs supplémentaires de 450 litres, ou bien de deux bombes de 454 kg. L'armement de lancement était pointé par un collimateur qui permettait d'évaluer la distance de la cible, au moyen d'un radar installé sur le bord supérieur de l'entrée d'air.
Le premier P-86A vola le 18 mai 1948 et environ un mois plus tard, il reçut le nom de F-86A "Sabre". Le 15 septembre suivant, un F-86A battit le record mondial de vitesse avec 1 079,60 km/h.
Les livraisons à l'USAF furent assez rapides et les deux premières unités, qui en furent dotées, furent le 1er et 4ème Groupe, vers la fin de 1949.
La production de cette version prit fin en décembre 1950, au moment où un wing doté de "Sabre" arriva en Corée. Les derniers exemplaires construits furent équipés de moteurs J47-GE-3/7/9/13 de 2 360 kg de poussée.
L'USAF reçut en outre contemporainement 188 exemplaires de version dérivée F-86A-5, commandé auparavant comme P-86B, dont le fuselage était d'environ 18 cm plus large. 

Le Major Richard L. Johnson du cockpit de son F-86A après une tentative réussie de record du monde. Cette photo montre clairement le nez typique du F-86A, avec sa "lèvre supérieure" tirée vers l'avant, et les orifices des canons masqués pour la tentative de record; à l'arrière on distingue les aérofreins ouverts.
Source: Die schnellsten Flugzeuge der Welt par Erich H. Heimann aux éditions Motorbuch Stuttgart 1978.


Le 17 décembre 1950 les "Sabre" accomplirent leur première mission de guerre et remportèrent leur première victoire abattant quatre MiG-15. Pendant toute l'année 1951, le 4ème Fighter Interceptor Wing fut la seule unité en Corée à être équipée de F-86, mais vers la fin de la même année, on lui adjoignit le 51ème Wing. Il faut remarquer que dès le début on s'aperçut que la version de même classe de construction russe, était sous certains aspects supérieur au F-86, toutefois, la meilleure préparation des pilotes américains fit pencher la balance des combats en faveur de ces derniers. 

Un MiG-15 bis (ICh), version chasseur-avion d'assaut (Istrebityel-Chtourmovik) du MiG-15 bis. Il pouvait emporter sous sa voilure divers types de munitions. Il n'y eut que 12 ICh de construits.
Source: La revue le Fana de l'Aviation n°276 de novembre 1992.


Pour revenir à la production, la version F-86B fut annulé au profit du F-86C sur lequel fut monté un moteur Pratt et Whitney J48-P-6 de 2 840 kg de poussée avec postcombustion. Dans ce modèle, l'entrée d'air située sur le nez fut remplacée par deux autres placées sur le côté du nez, la longueur totale fut augmentée, ains que l'envergure, et les éléments principaux du train d'atterrissage furent munis de deux roues chacun. Les changements furent tellement radicaux que le sigle de cet avion fut changé en F-93, et le premier des deux prototypes, nommés YF-93A, vola le 25 janvier 1950. Sa production fut toutefois annulée pour laisser place à celle du F-86D chasseur tous temps, que nous décrirons plus loin.
C'est le F-86A, qui succéda donc au F-86E, dont la production commença au mois de décembre 1950, et dont les plans furent entièrement mobiles et servo-commandés. A total, on costruisit 336 F-86E, plus 790 exemplaires produits par la Canadair, sous le badge CL-13, dans les versions Mk.1 (un exemplaire avec moteur J47-GE-13), Mk.2 (350 exemplaires avec moteur J47-GE-13) Mk.3 (un exemplaire avec moteur Orenda 3) et Mk.4 (438 exemplaires avec moteurJ47-GE-13), destinés aux forces de l'OTAN et à l'USAF; cette dernière reçut 60 Mk.2, dénommés F-86E-6, tandis qu'une bonne partie des "Sabres" canadiens destinés à d'autres pays furent appelés F-86J.

Le turboréacteur J-48 "Tay" qui était construit en France par Hispano-Suiza, en Angleterre par Rolls-Royce et aux Etats-Unis par Pratt et Whitney était le résultat du développement du "Nene" par ces deux derniers constructeurs. Le rotor du compresseur centrifuge et l'ailettage de la turbine avaient été redessinés; la poussée avait pu être ainsi portée de 2 270 à 2 840 kg. La tuyère de post-combustion, étude de Pratt et Whitney, augmenta encore la poussée. Le turboréacteur "Tay" équipa la plupart des nouveaux prototypes français à réaction.
Source: La revue Science et Vie spéciale aviation année 1951.  
Le North American F-86C, nommé aussi YF-93A, qui ne fut jamais produit en série.
Un CL-13 "Sabre" Mk.4 Aerobrigata de l'AM italienne.
Source des deux photos: Avions de Combat d'aujourd'hui aux éditions Continalux Verlag.
Pendant sa carrière opérationnelle, qui s'étendit sur plus de vingt-cinq années, le "Sabre" fut utilié au combat à maintes reprises. C'est cependant en Corée, à l'occasion des batailles qui l'opposèrent aux redoutables MiG-15, que naquit sa légende. Ici, des F-86E du 355th Fighter Interceptor Squadron (avril 1952).
Source: La revue l'Encyclopédie de l'Aviation aux éditions Atlas 1982.


Les demandes pressantes exigées par le conflit coréen amenèrent la North American à ouvrir une deuxième chaîne de production à Columbus, pour la construction de la version F-86F. Les slats avaient été éliminés, et on avait adopté un bord d'attaque de l'aile prolongé, afin d'améliorer tant la vitesse, que la manœuvrabilité de l'avion, dans la mesure où, comme on l'a déjà mentionné, les performances du chasseur étaient inférieures à celles du MiG-15.
L'innovation la plus importante fut sans aucun doute l'introduction de deux autres mâts d'ailes, utilisables pour le transport de deux réservoirs supplémentaires ou de deux bombes de 454 kg, pour permettre à l'avion de jouer le rôle de chasseur-bombardier. Il était équipé d'un turboréacteur J47-GE-27 de 2 680 kg de poussée. Le premier F-86F vola le 19 mars 1952 à Los Angeles et les livraisons à l'USAF commencèrent environ une semaine après. Ces chasseurs n'apparurent cependant sur le front coréen qu'à l'automne suivant. En 1953, deux Wings prirent part aux opérations de Corée, le 8ème et le 18ème, dotés de F-86F et la suprématie sur les MiG fut ainsi conservée.
Jusqu'en 1956, les usines North American de Columbus construisirent 100 exemplaires de "Sabre" dans la version dérivée F-86F-20 et 341 dans la version dérivée F-86F-25 (capables respectivement de transporter deux et quatre réservoirs supplémentaires), tandis que les usines de Los Angeles en produisirent 1 461, dont 78 F-86F-1, -2 et -3 (respectivement munis de quatre petits canons T-160 et quatre Oerlikon), -5, -10 et -15, 259 F-86F-25, 859 F-86F-30 et 265 F-86F-35. Ce dernier dérivé était muni d'un système de lâchage à basse altitude (LABS) qui permettait à l'avion de lâcher une bombe atomique tactique Mk6 de 545 kg transportée sous l'aile gauche.
Un grand nombre d'appareils F-86F ont été exportés et on utilisa pour pour ce but des exemplaires en surplus de l'USAF après la fin de la guerre en Corée. En 1956, on commença en outre à exporter la version dérivée F-86F-40, produite en 280 exemplaires, destinés au Mutual Security Program. Cette version était de nouveau dotés de slats, qui combinaient les avantages réalisables à faible vitesse, avec les avantages offerts à vitesse élevée, grâce à 'extension du bord d'attaque de l'aile, et donnaient ainsi à l'avion d'excellentes performances de vol; il avait en outre une envergure et des surfaces alaires plus grandes. Cette modification fut ensuite étendue aux F-86F-25 et aux F-86F-30.
Une autre variante de la version F fut le RF-86F, destiné à la reconnaissance photographique, grâce à l'installation d'une caméra F-17 et deux caméras K-22, installées dans un compartiment placé sous le cockpit. Le modèle fut exporté en Chine Nationaliste et au Japon furent effectuées 18 conversions à ce standard de tous les F-86F reçus.
Toujours au Japon, la Mitsubishi monta 300 F-86F-40, tandis qu'en Australie on produisit, sous le sigle CA-27 (Mk 30, 31 et 32), 111 appareils sous licence du Commonwealth, on apporta des variantes au cockpit, on augmenta la capacité de carburant, et on installa un armement constitué de deux canons Aden de 30 mm et un turboréacteur Rolls-Royce Avon (20 ou 26). En dehors des USA, c'est le Canada qui produisit le plus grand nombre de "Sabre", où sous le sigle CL-13, 752 exemplaires furent construits en deux versions dérivées du F-86F. Le CL-13A Mk5, qui vola pour la première fois le 30 juillet 1953, fut propulsé par un turboréacteur canadien Orenda 10, de 2 885 kg de poussée, qui exigeât, par suite de ses dimensions, un allongement du fuselage. On en construisit 370 exemplaires, suivis par le CL-13B Mk6, dont 382 exemplaires furent produits et propulsés avec un Orenda 14 de 3 300 kg de poussée, et présentant une configuration alaire semblable à celle des F-86F-40. Le CL-13B Mk6 vola pour la première fois le 2 novembre 1954 et ses performances de vol se révélèrent supérieures à celles de son prédécesseur Mk5.
Presque toute la production canadienne fut exportée et nous verrons par la suite quelles furent les forces aériennes auxquelles on destina ces chasseurs.
Les Etats-Unis produisirent à partir du F-86F une version biplace pour l'entraînement dénommé TF-86F. Son fuselage avait été allongé de 1,60 m pour créer l'espace nécessaire au deuxième poste de pilotage et l'aile était déplacée de 20 cm environ vers l'avant. On se limita toutefois à convertir selon ce standard deux exemplaires de F-86F : le premier vola en décembre 1953 et le deuxième muni d'une arrête ventrale, de plans verticaux plus élevés et armé de deux mitrailleuses seulement, vola en août 1954.    

Un North American F-86F-30-NA, serial 52-4336, du 4e Fighter Interceptor Wing, basé à Kimpo (Séoul) pendant la guerre de Corée (Photo A. Cornebise).
Source: Décoration des avions de l'US Air Force 1945-1960 aux éditions Ouest France 1982, par Alain Pelletier.
Le F-86F (53-1147) de 21st FBW photographié à Wheelus, en Libye, en juin 1956, soit peu de temps après l'arrivée de ces avions en France. Les trois couleurs de la bande sur la dérive représentent les trois escadrons. Cet avion est également celui du wing commander. On remarquera qu'à cette époque l'inscription "US AIR FORCE" ne figure pas encore sur le fuselage. (Photo collection Picciani via Jean-Pierre Hoehn).
En vol au-dessus des nuages qui couvrait la France, un F-86F du 72nd FBS (couleur rouge) rassemble sur un autre F-86F de Chambley (Chambley a quelques kilomètres de chez moi). L'appareil est en configuration standard avec deux bidons de carburant, et l'inscription USAF sur le fuselage a fait son apparition. (Photos Lt Col. B. Armstrong via D. Menard et auteur).
Source des deux photos la revue Air Fan. Merci à Jean-Pierre Hoehn pour avoir relaté  dans la revue Air Fan l'histoire des bases US en France, surtout celle de Chambley de 1953-1967, que de souvenirs...
Un Canadair CL-13 Mk-6 repeint comme le F-86F du Lt Jim Thompson du 39th FIS en Corée. Noter les particularités des trains, aérofrein, nourrices et bande de reconnaissance sur le fuselage.
Source: La revue Histoire et Maquettisme n°26 de mai-juin 1993. 
Alors que le Derwent venait de sortir, Rolls-Royce produisit le moteur Avon à compresseur axial.
Source: L'Encyclopédie de l'aviation aux éditions CIL Beaux Livres 1980.
Le turboréacteur Orenda 10. Source:          La revue Aviation Magazine n°229 de juin 1957.
Alignés sur la base de la RAF de Williamtown, près de Newcastle, en Nouvelle Galle du Sud, les "Sabre" s'apprêtent à décoller pour une mission d'entraînement.
Source: La revue Aviation Magazine n°182 d'avril 1956.
Un des deux prototypes du F-86F reconvertit en biplace TF-86F "Sabre".
Source: La revue Aviation Magazine n°91 de février 1954.


Une des dernières versions du "Sabre" produite par l'USAF fut le F-86H, qui fut aussi le premier modèle créé dès le début comme chasseur-bombardier. Il était propulsé par un moteur General Electric J73-GE-3 de 4 220 kg de poussée, par rapport aux autres "Sabre", il avait une envergure supérieure d'environ 60 cm et une longueur supérieure de 35 cm, le fuselage avec une plus grande section, des plans horizontaux de queue de plus grande surface et sans dièdre, et des roues de train d'atterrissage plus lourdes.
L'armement était constitué de quatre petits canons M-39 de 20 mm (installé à partir du 117ème exemplaire) et de 16 roquettes de 127 mm; en outre, 1 000 kg environ de bombes conventionnelles ou nucléaires pouvaient être transportés. Le mock-up fut soumis à l'approbation en juillet 1951 et le premier des deux prototypes YF-86H vola le 30 avril 1953. Le 4 septembre de la même année, le type de série fit son premier vol et entre janvier 1954 et août 1955, on effectua les livraisons des 473 exemplaires produits. Sur un bon nombre de ces derniers, on installa le système LABS pour le lâchage des charges offensives à basse altitude.

Le North American F-86H-10-NH "Sabre", serial 53-1483, exposé à l'entrée de Luke AFB, Arizona (A. Pelletier).
Source: Décoration des avions de l'U.S. Air Force 1945-1960 aux éditions Ouest France 1982.


La version d'interception tous temps F-86D fut appelée "Sabre Dog" ou "Sabre Jet". En effet, cet avion différait entièrement des autres F-86, à tel point que, en une première phase, jusqu'au 24 juillet 1950, il fut connu sous la désignation de YF-95A et c'est sous ce sigle que le premier des deux prototypes vola le 22 décembre 1949. Ce n'est que par la suite qu'il fut dénommé YF-86D.
Les plans alaires des F-86 précédents furent conservés dans le "Sabre Dog", mais son fuselage était plus large, ses empennages horizontaux dépourvus de dièdre et de plus grande surface, ainsi que des plans verticaux prolongés par une arrête vers le centre du fuselage. La caractéristiques la plus remarquable fut toutefois l'installation à l'extrémité du nez du radôme qui renfermait l'antenne du radar APG-37, au-dessous de laquelle était située l'entrée d'air du turboréacteur.
Pour cette époque, le F-86D était une version exceptionnellement avancé, car il introduisait pour la première fois un équipement électronique complet, qui rendait superflue la présence d'un deuxième membre d'équipage, qui jusqu’àlors était indispensable sur ce type d'avion. outre le radar d'interception, capable de localiser l'objectif à une distance de 50 km environ, le chasseur disposait d'un système de pointage E-4 (qui utilisait 495 valves thermoïoniques et 6 400 éléments comprenant des bobines, des condensateurs et des résistances) et d'un ordinateur APA-84, capable de fixer la route de collision avec la cible, et de procéder ensuite au lancement de roquettes air-air FFAR (Folding Fin Aircraft Rocket) de 70 mm, munies d'ailettes directionnelles rétractiles. Ces dernières, au nombre de 24, étaient contenues dans un lance-roquettes rétractile, situé sous le cockpit. L'ordinateur indiquait également au pilote si le tir nécessaire devait être une salve de 6, 12 ou 24 roquettes.

Le radar de conduite de tir APG-37 sur le F-86D.
Source: Avions de Combat d'aujourd'hui aux éditions Continalux Verlag.
North American F-86D-30-NA "Sabre Dog", serial 51-6024, du 94e Fighter interceptor Squadron, à Cleveland (Ohio) en septembre 1953  (Photo R. Picciani). 
Source: Décoration des avions de l'US Air Force 1945-1960 aux édition Ouest France 1982.
Sur cette photo, on voit distingue très bien le container lance-roquettes, seul armement du F-86D. A noter l'ouverture de la verrière vers l'arrière et les fils d'antenne noyés dans le plexiglas.
Source: La revue Aviation Magazine n°81 de septembre 1953.


Le F-86D fut construit en différents dérivés propulsés par divers moteurs : le F-86-D-40 eut un J47-GE-17 de 2 270 kg de poussée et 3 000 environ avec postcombustion, remplacé ensuite par un J47-GE-17B de 2 460 kg de poussée et 3 400 avec postcombustion; à partir du 329ème exemplaire du F-86D-45, le J47-GE-33 de 2 520 kg de poussée et 3 470 avec postcombustion, fut par la suite introduit. Au total 2 504 exemplaires de F-86D furent produits et les premiers n'entrèrent en service qu'en 1953, car une série de difficultés liées au système E-4, en retarda la mise au point. Les F-86D firent partie de 20 des 30 wings d'interception de l'USAF. Deux ans après eut lieu la livraison des chasseurs aux alliés, qui les armèrent souvent de missiles air-air Sidewinder.
La formule s'était révélée excellente et l'avion avait en outre battu deux records mondiaux de vitesse, respectivement en novembre 1952 avec 1 124 km/h, et en juillet 1953 avec 1 151 km/h.
En 1956, on lança un programme de modernisation de cette version, qui prévoyait l'installation du dispositif SAGE (Semi-Automatic- Ground Environment, système de défense antiaérienne basé sur l'utilisation d'intercepteurs contrôlés de façon partiellement automatique par un réseau d'ordinateurs installés à terre), un élaborateur de données ARR-39, un nouvel appareil radion, un radar d'identification APX-25 et d'autres modifications secondaires. Sous cette nouvelle configuration et avec une envergure plus longue d'environ 60 cm, le chasseur prit la dénomination de G-86L. Dans l'ensemble, 981 F-86D furent modifiés selon ce standard et certains furent même exportés.  

Sur le parking, présentation devant les officiels du F-86D (FU-945), piloté par le capitaine Nash qui a atteint la vitesse record de 1 151,883 km/h en juillet 1953, record du monde.
Source: Die schnellsten Flugzeuge der Welt aux éditions Motorbuch Verlag Stuttgart 1978.
Au milieu des années cinquante, la acrobatique de l'US Air Force, les "Sabre Knights", était dotée d'intercepteurs F-86D, version qui connut la production la plus importante.
Source: L'Encyclopédie de l'Aviation n°19 aux éditions Atlas 1982.


Une version mise au point à partir du F-86D ayant pour sigle F-86K, fut destinée à l'OTAN et à d'autres pays, sur la base du MDAP. Elle différait du F-86D par un système de pointage simplifié MG-4 (qui exigeait l'utilisation d'une route de poursuite et non de collision) à la place de l'E-4, par l'installation de quatre petits canons M-24A-1 de 20 mm, de 132 coups chacun et de missiles air-air Sidewinder, au lieu du lance-roquettes rétractile, et par un radôme avant plus allongé. Le turboréacteur était un J47-GE-1B. Les deux premiers exemplaires YF-86K furent deux F-86D-40 modifiés, dont le premier vola le 15 juillet 1954.
La North American produisit au total 120 exemplaires jusqu'en 1955, tandis que 221 furent montés par la FIAT en Italie. Le premier F-86K de construction italienne vola le 23 mai 1955.

Une photo d'un F-86K l'aérodynamique propre, (ex JE-248, plus tard JD-384, numéro de série 213/USAF 64 152) est très facile à reconnaître.
Tableau de bord d(un F-86K, bien visible au milieu de l'image, l'écran radar avec protection anti-éblouissement.
Source des deux photos: La revue Modell Magazin de septembre 1979.
Détails du train avant vue de derrière du F-86K du musée du Bourget (France).           Collection personnelle.

Vue de gauche du F-86K du musée du Bourget (France).               Collection personnelle.


Tous les "Sabre" furent utilisées, pendant une période exceptionnellement longue, par les forces aériennes respectives et au début des années 1970 plusieurs exemplaires étaient encore en service dans certains pays. Les exemplaires éliminés par l'USAF firent partie pendant quelques années de l'Air National Guard et de l'Air Force Reserve, tandis que que quelques F-86A furent convertis en DF-86A pour le guidage des engins de poursuite.
C'est sans aucun doute l'avion américain le plus caractéristique des deux décennies qui ont suivi l'après-guerre, car le F-86 marqua une étape de grande importance dans le développement des avions à propulsion par réaction et en particulier des chasseurs intercepteurs.
Parmi les types examinés dans cette nomenclature, le F-86 fut en outre l'un des rares appareils à avoir été utilisé intensément pour les opérations de guerre. Comme on l'a déjà vu, le principal événement auquel ces chasseurs prirent part fut la guerre en Corée, durant laquelle ils accomplirent 87 177 sorties, abattant lors des combats 792 MiG-15 et 22 autres appareils ennemis, avec une perte de 184 avions, lâchant environ 7 700 tonnes de bombes et lançant 270 roquettes.

La dernière version du "Sabre" fut le F-86L, en fait un F-86D modifié dont l'aile avait la corde et l'envergure accrues de "6-3", mais était dotée de becs de bord d'attaque. Ici, deux F-86L de la Royal Thai Air Force en 1966.
Source: La revue l'Encyclopédie de l'Aviation n°19 aux éditions Atlas 1982.



"" Les versions navales du "Sabre" ""

Source : L'Encyclopédie de l'Aviation n°19 aux éditions Atlas 1982.


De nombreux "Sabre" subirent des transformations à titre expérimental; c'est le cas de celui qui fut doté d'un réacteur Bristol "Orpheus". On ne peut en outre évoquer le développement du "Sabre" sans faire mention des chasseurs bombardiers "Fury" de l'US Navy et des Marines, dont l'origine présente un lien étroit avec la famille des F-86. La production du tout premier "Fury", le FJ-1 à aile droite, se solda par un échec, comme nous l'avons vu. Mais le 8 mars 1951, l'US Navy, reconnaissant la supériorité du F-86, commanda trois prototypes XFJ-2, directement dérivés du chasseur de l'US Air Force. L'usine de Columbus construisit ensuite trois cents FJ-2 caractérisés par leur moteur de repliage de la voilure, leur jambe de train avant allongés, le montage d'une crosse d'appontage et de crochets de catapultage, un collimateur-radar APG-30 et un réacteur J47-2 de 2 720 kgp (l'armement était de quatre canons de 20 mm). Les FJ-2 qui furent employés par l'US Marine Corps n'étaient revêtus d'aucune peinture, hormis les décorations propres à chaque unité. C'est le 3 juillet 1953 que prit l'air un FJ-2 modifié, équipé d'un réacteur J65 "Sapphire" de 3 540 kgp. Ce prototype fut suivi de cinq trente-huit exemplaires de série du type FJ-3.

 Bristol"Orpheus", réacteur OTAN, a été étudié par Stanley Hooker l'un des meilleurs motoristes du monde.
Source: La revue Science et Vie n°468 de septembre 1956. 
Le turboréacteur Armstrong Siddeley "Sapphire" AS-Sa-7.
Source: La revue Aviation Magazine n°237 d'octobre 1957. 
Le North American FJ-2 "Fury". 
Source: Wings of four Navy par le Maj. C.B. Colby aux éditions Murray 1952.


C'est en février 1955 que débuta à Columbus la production du dernier modèle de "Fury", le FJ-4, à la cellule entièrement nouvelle, avec un fuselage de nouveau agrandi en hauteur, une longue arête dorsale courant de la verrière à la base de la dérive (d'un dessin nouveau), une voilure de corde plus grande dotée de becs de bord d'attaque et d'ailerons redessinés. La voie du train était plus large que sur les modèles précédents et la capacité des réservoirs internes était accrue de 50%. Après cent cinquante-deux FJ-4 (qui devaient devenir en 1962 des F-1E), l'usine de Columbus assembla deux cent vingt-deux FJ-4B (redésignés ultérieurement AF-1E) dotés de six points d'attache extérieurs, de missiles, du système LABS de bombardement à basse altitude, de perches de ravitaillement en vol et d'aérofreins supplémentaires à l'arrière du fuselage. Au total, 1 112 "Fury" furent construits à Columbus. Si l'on ajoute ce nombre à celui des "Sabre", on atteint le chiffre tout à fait considérable de 9 793 avions.

"" Les pays qui ont utilisés le F-86 ""
Arabie Saoudite : 16 F-86F.
Argentine : 28 F-86F achetés en 1960 et 36 CL-13 Mk 6 commandés mais non livrés.
Australie : 111 CA-27 dans les versions dérivées Mk 30,31 et 32.
Belgique : 5 F-86F-25.
Birmanie : 12 F-86F.
Canada : 1 CL-13 Mk 1, 3 CL-13 Mk 2, 1 CL-13 Mk 3, 370 CL-13 A Mk 5 et 390 CL-13B Mk 6.
Chili : 25 F-86F déjà reçus de l'USAF en 1966.
Colombie : 6 CL-13B Mk 6 et quelques F-86F.
Corée du Sud : 40 F-86D, 112 F-86F et 10 RF-86F.
Danemark : 56 F-86D. Le dernier a été radié en mars 1966
Ethiopie : 14 F-86F.
Philippines : 40 F-86F et 18 F-86D.
France : 60 exemplaires de F-86K construits par la FIAT.
Allemagne : 88 F-86K construits par la FIAT et radiés en 1965, 75 CL-13A Mk 5 et 225 CL-13B Mk 6.
Japon : 300 F-86F-40 produits sous licence, 152 F-86F-40 construits par la North American, 28 F-86F dont 18 convertis en RF-86F et 106 F-86D. Tous radiés vers la fin des années 1960.
Jordanie : 4 F-86F.
Grande-Bretagne : 3 CL-13 Mk 2 et 427 CL-13 Mk 4 livrés à partir d'octobre 1952.
Grèce : 50 F-86D radiés en 1967 et 104 CL-13 Mk 2 et Mk 4.
Honduras : 4 F-86K déjà utilisés par le Venezuela et ayant appartenu à la Luftwaffe.
Iran : 90 CL-13B Mk 6 ex-Luftwaffe.
Italie : En 1956 l'Italie reçut les Canadair CL-13 "Sabre"  Mk 4 qui, au nombre de 180 exemplaires, équipèrent la 2éme et la 4ème Aerobrigata. Eliminés en 1967, ces avions (tous provenant de la RAF) furent les seuls avions de l'AM utilisés pour des missions de guerre : un détachement de 5 "Sabre" en effet fut envoyé au Congo en 1962 pour être utilisé dans des missions d'escorte aux C-119 de la 46ème Aerobrigata au service des Nations Unies. Des F-86K construits sous licence par la FIAT firent suite aux F-86E : l'AM reçut les deux prototypes YF-86K construits par la North American et 63 exemplaires de série montés par la FIAT auxquels firent suite une trentaine d'autres appareils acquis par d'autres pays de l'OTAN. Les F-86K furent d'abord en service dans la 1ère et 4ème Aerobrigata, puis dans le 36ème Stormo et enfin dans le 51ème, qui élimina les derniers "Sabre" de chasse nocturne (entre temps remodernisés pour l'emploi des missiles air-air "Sidewinder") seulement en 1973.
Yougoslavie : 122 CL-13 Mk 4 ex-RAF reçus en 1958/59, 130 F-86D et 10 RF-86F.
Malaisie : 27 CA-27 Mk 32.
Norvège : 90 F-86F et 4 F-86K de construction FIAT.
Hollande : 63 F-86K en service de 1956 à 1964.
Pakistan : 120 F-86F-40 livrés entre 1956 et 1958 et 90 CL-13 Mk 6 ex-iraniens. Une partie encore en service au début des années 1970 fut employée contre l'Inde en 1971 et en 1972.
Pérou : 14 F-86F.
Portugal : 50 F-86F.
Espagne : 224 F-86F livrés entre 1956 et 1958.
Afrique du Sud : 34 CL-13B Mk 6.
Formose : 320 F-86F, 7 RF-86F et 25 F-86D. Les chasseurs armés d'engins de poursuite "Sidewinder" furent utilisés contre les MiG de la Chine Populaire à l'occasion du conflit pour les îles Quemoy et Matsou.
Thaïlande : 47 F-86F et 17 F-86L livrés à partir de 1961.
Turquie : 105 F-86E, 50 F-86D et environ 50 F-86K ex-hollandais.
Venezuela : 22 F-86F livrés en octobre 1955 et 47 F-86K ex-Luftwaffe livrés en 1966/67.     

                        

 

"" Caractéristiques des F-86 ""


Source des quatre photos: Avions de Combat d'aujourd'hui aux éditions Continalux Verlag.


"" La maquette du F-86F "Sabre" ""
M. Thierry François a réalisé l'avion du pilote Major John H. Gleen du 25th FS, FM Corée e 1953. Une maquette au fini métallique superbe, d'après les explications de M. François, il a utilisé des produits courants.











"" La maquette du F-86K "Sabre" ""
Ce F-86K appartenait à l'Escadron de Chasse tout temps (ECTT) 1/13 Artois, 1962 à Colmar (France).












"" Pour terminer rien que pour les Spotters ""
Une liste qui n'est surement pas complète, puisque celle-ci date de 1993, sur les maquettes de la famille  du North American F-86 et FJ.
Source : La revue Histoire et Maquettisme n°26 de mai-juin 1993.  




Jean - Marie