Le Dassault-Breguet ""Super Mirage 4000 ""







"" Aucun pays n'a voulu de notre technologie, ni même la France ""

Il servit de tremplin pour l'avion Rafale

Son histoire grâce à Aviation Magazine n°755 de juin 1979.
Dessins de Jean Perard.



Avant-propos: Le 9 mars 1979, à Istres, le prototype du Mirage4000 a fait son premier vol aux mains de Jean-Marie Saget. Ce biréacteur de combat, grand frère du "Mirage" 2000 retenu pour l'équipement de l'armée de l'Air, partagera avec ce dernier la vedette au salon du Bourget de cette année. Développé pour concurrencer à l'exportation les F-15 et F-18 américains, le "Mirage" 4000 est une nouvelle illustration du dynamisme et des méthodes de travail de son constructeur, les Avions Marcel Dassault-Breguet Aviation.
Le pilote Jean-Marie Saget.    Source: Aviation Magazine n°755 de juin 1979.

L'histoire: Après avoir envisagé un biréacteur à géométrie variable, puis y avoir renoncé pour un appareil à voilure fixe à forte flèche, l'ACF, la France décida d'abandonner à son tour cet avion jugé trop cher, pour lancer le développement d'un mono-réacteur à aile delta le Mirage 2000.
Cela se passait dans les dernières semaines de 1975. Quelques mois plus tard, en septembre 1976, les Avions Marcel Dassault annonçaient leur décision de lancer, aux frais de la société et avec l'aide de la Snecma et des équipements, un biréacteur de même formule aérodynamique que le Mirage 2000, le Delta Super Mirage qui devait devenir plus simplement le Super Mirage 4000. 
Le Super Mirage 4000 au salon du Bourget en 1981.     Collection personnel.


En fait, le Delta Super Mirage avant que le programme Mirage 2000 ne succède à l'ACF, la dualité mono-réacteur-biréacteur existait dans les cartons du constructeur. La décision de lancer la construction d'un prototype sans soutien de l'Etat était guidée par trois raisons essentielles.
Tout d'abord, la constatation qu'il existe un marché important dans le monde pour les biréacteurs à hautes performances. Dans la génération précédente, il s'est vendu plus de 5 000 McDonnell F-4 Phantom. Les Etats-Unis ont, depuis, développé et vendu à l'exportation les F-14 et F-15. Maintenant ils ajoutent à leur gamme le F-18, cependant que Britanniques, Allemands et Italiens proposent le Tornado. A l'Est, les Soviétiques, avec le MiG-25, ne sont pas absents du marché.    
Un Mc Donnell F-4 Phantom lors d'un meeting sur la BA-128 Metz-Frescaty.  Collection personnel.
Gros plan sur un Grumman F-14 Tomcat.       Source: Aviation Magazine.
Un Mc Donnell F-15 Eagle lors d'un meeting sur la BA-128 Metz-Frescaty.    Collection personnel.
Un Mc Donnell F-18 au couleur Canadienne lors d'un meeting sur la BA-128 Metz-Frecaty.
Collection personnel.
Le Tornado réunissant les trois cocardes: Britanniques, Allemands et Italiens.  Source: Aviation Magazine.
L'intercepteur "Foxbat A" (MiG 25), armé de missiles air-air, AA-6-2 "Anab" code Otan. Pour la localisation des cibles et le guidage des engins, l'avion est doté d'un radar "Jay Bird" en bande J. Deux des engins paraissent être à guidage IR, les deux autre à autodirecteur électromagnétique. Par ailleurs un système date-link numérique désigné"Mark-ham" permet la transmission d'informations émanant des radars au sol et leur visualisation dans le cockpit.         Document Aviation Magazine.

Il était inconcevable d’abandonner purement et simplement ce créneau, alors que les études et les essais effectués avec le Mirage 2000 mono-réacteur, permettaient d'en déduire rapidement un biréacteur très performant utilisant le même moteur.
La deuxième raison qui a motivé la décision de lancement du Mirage 4000 tient au plan de charge du bureau d'études des Avions Marcel Dassault. La durée de vie des avions de combat modernes tendant à s'allonger, l'activité des bureaux d'études et des ateliers de fabrication des prototypes tend, entre deux programmes, à devenir insuffisante pour maintenir leur capacité. Le Mirage 4000, lancé avec un an de décalage par rapport au Mirage 2000, est arrivé à point pour limiter les réductions de plan de charge et maintenir la créativité du bureau d'études de la société.
Enfin, le Mirage 4000 s'inscrit tout naturellement dans la politique de développement chère aux Avions Marcel Dassault qui consiste, par petits pas sûrs, à tirer le meilleur parti de la technologie disponible. Le décalage d'un an avec le Mirage 2000 et la formule bimoteur garantissait l'obtention d'une machine mieux que comparable avec ses rivaux étrangers, développés pour la plupart antérieurement.
Aujourd'hui, les programmes Mirage 2000 et Mirage 4000 apparaissent complémentaires et doublent les chances de la France sur le marché international.  
 Le Mirage 2000 au salon du Bourget en 1981.         Collection personnel. 


"" Mieux que le F-15 ""
Le Mirage 4000 est un avion de combat polyvalent capable de missions de défense aérienne et de supériorité aérienne, mais aussi de missions air-sol et notamment d'attaque à très long rayon d'action. 
Ses performances exactes ne sont pas connues mais son constructeur les caractérise de la façon imaginée suivante: le Mirage 4000 sera meilleur en supériorité aérienne que le F-15 américain et à un rayon d'action supérieur à celui du Mirage IV. C'est-à-dire qu'il surpassera, dans deux missions différentes, deux avions spécifiquement étudiés pour les remplir. 
Le Dassault Breguet Mirage 4000 au décollage. L'appareil est équipé de deux réacteurs SNECMA M-53 d'une puissance unitaire de 9 000 kgp. L'appareil a volé pour la première fois le 9 mars 1979. Le Mirage 4000 représente ce que l'industrie française sait faire de mieux dans le domaine des avions de combat.  Source: Aviation Magazine n°755 de juin 1979.

Le turboréacteur M-53, mis en fabrication par la SNECMA, a été une des vedettes du 29e Salon du Bourget en 1971. Turboréacteur très performant, héritier de la brillante famille des ATAR, dont la renommée est liée à celle des Mirage; il est destiné à équiper des avions polyvalents, capables de missions de police du ciel, ainsi que des missions d'intervention à basse altitude. Cette turbomachine sera capable de vols à Mach 2,5 dans un premier stade et à Mach 3 dans un stade de développement ultérieur. Le M-53 fournit une poussée avec réchauffe maxi de 8,5 tonnes, une poussée maxi avec réchauffe éteinte de 5,6 tonnes. La consommation spécifique au régime maxi, réchauffe éteinte, est de 0,87 kg-kg-h. Le débit d'air total est de 84 kg-s. La masse est de 1 420 kg.
Source: Aviation Magazine n°565 de juillet 1971. 
Gros plan sur le poste d'un Mc Donnell F-15 Eagle, meeting BA-128 Metz-Fescaty.   Collection personnel.
L'un des avions de pré-série en vol avec une maquette de la bombe A.S.2 Gamma dans son logement semi-noyé sous le ventre du Mirage. Avec les progrès de la technologie, le poids de la bombe nucléaire a considérablement décru depuis le lancement du Mirage, pour ne plus atteindre que 700 kilos pour un puissance de destruction équivalente. Juste avant la bombe se trouve l'imposant radôme du radar "panoramique" Thomson-CSF. (Photo: E.C.P.A.) 

Source: Connaissance de l'histoire.

Ces résultats sont dus à l'emploi d'une formule aérodynamique qui s'inspire largement de celle du Mirage 2000 mais intègre un certain nombre d'améliorations rendues possibles par l'expérience acquise et les plus grandes dimensions de l'avion.
Comme le Mirage 2000, le Mirage 4000 est un delta mono-dérive d'aspect classique. Les aigrettes du 2000 sont devenues des surfaces canard mobiles. Leur rôle est double. Elles génèrent un super effet d'aigrette, c'est-à-dire une amélioration de l'écoulement de l'air sur la voilure, notamment aux fortes incidences, ce qui contribue à améliorer le rendement de l'aile. D'autre part, la création de surfaces portantes à l'avant de l'avion avance le foyer général d'où, pour équilibrer, un braquage vers le bas des élevons et une portance supérieure.
Les photos diffusées montrent clairement que ces surfaces canard sont montées sur pivot. Actionnées par servo-commande au travers du système de commandes électriques de vol, elles contribuent à l'amélioration de la manœuvrabilité et constituent sans doute un pas de plus vers le contrôle automatique généralisé (CAG).       
Le Mirage 4000 vient de décoller, l'impression de puissance est réelle.Notez à l'avant les surfaces canard mobiles.               Source: La revue Aviation Magazine n°755 de juin 1979.

Les dimensions de l'avion ont permis de dessiner une large verrière en bulle, à la mode américaine. Ce qui donne au pilote une visibilité tous secteurs.
Le volume offert par la baignoire derrière le pilote permettra, d'autre part, d'installer facilement un deuxième membre d'équipage.
Les aérofreins sont montés sur le dessus du fuselage en arrière des canards, ce qui permet de mieux utiliser la voilure comme réservoir et évite toute interaction avec les charges externes.  

Les entrées d'air, l'insigne personnel du pilote de marque peint sous la désignation Super Mirage 4000 et la large verrière en forme de bulle.
Source: Aviation Magazine n°755 de juin 1979.


"" Emport et grand rayon d'action ""
Le Mirage 4000 a été conçu avec le souci d'obtenir un rayon d'action très grand. Il peut emporter dans ses réservoirs trois fois plus de carburant que le Mirage 2000. Il sera, bien entendu, ravitaillable en vol.
Parallèlement, ses capacités d'emport de charges extérieures sont considérables. Onze points d'accrochage à forte capacité ont été prévus, et notamment un point central sous fuselage particulièrement important. Au total, c'est plus de huit tonnes de charge externe que le Mirage 4000 emportera.
Le système d'armes de base est défini, mais pourra évoluer en fonction des futurs clients. L'avion sera proposé avec un système polyvalent reprenant dans ses grandes lignes celui de la version exportation du Mirage 2000, c'est-à-dire centré sur un radar Thomson-CSF RDM (Radar Doppler Multirole) dont les performances seront intéressantes grâce au diamètre d'antenne important que permet le vaste radôme avant.
Le très grand volume disponible sur l'avion pour les équipements permettra, par ailleurs, de multiples évolutions du système et une intégration poussée des contre-mesures électroniques.  

Notez sur cette photo, l'importance de la dérive.       Source: Aviation Magazine n°755 de juin 1979.


"" Des premières technologiques ""
Outre les raffinements aérodynamiques évoqués précédemment, un certain nombre de techniques et de technologies nouvelles ont été mises en oeuvre à l'occasion du Mirage 4000.
Les outils informatiques des Avions Marcel Dassault ont été développés et utilisés, tant pour l'étude aérodynamique théorique de l'avion (l'étude des interactions canards-voilure par exemple), que pour l'optimisation du calcul des structures (méthode des éléments finis).
La méthode dite DRAPO (Dessin et Réalisation d'avion Par Ordinateur), qui permet de dessiner directement sur l'écran TV d'un terminal d'ordinateur certaines pièces principales de structure et d'élaboration directement le programme d'usinage pour les machines à commande numérique, a été largement utilisée.
Mais c'est sans doute au niveau de la réalisation proprement dite de la structure que le plus grand nombre de prouesses technologiques ont été réalisées.
La fabrication du double cadre d'attache de canard en titane présentait des difficultés qui ont été remarquablement maîtrisées, mais la réalisation la plus impressionnant demeure la dérive en composite à fibres de carbone qui constitue une première mondiale.
Cette dérive de très grande dimension (elle est plus grande qu'une aile de Mirage F-1) contient du carburant. Les deux panneaux de revêtement en composite carbone constituent une démonstration technologique. Au niveau des attaches, ces panneaux épais comptent près de 120 couches de fibre de carbone.
A l'occasion du salon du Bourget, une deuxième dérive de Mirage 4000 sera exposée, avec des panneaux en carbone avec raidisseurs intégrés.
Comme sur le Mirage 2000, un très gros effort a été fait dans l'emploi des composites, d'une façon générale. Les gouvernails de direction des deux avions sont réalisés en hybride composite bore-composite carbone (le bore, très résistant, travaille bien en compression mais s'usine mal). Les élevons, les canards, la dérive et le gouvernail du Mirage 4000 sont composite carbone.    

Plan quatre vues du Mirage 4000. Notez le creux entre les deux réacteurs qui permet de loger des charges extérieures avec le minimum de traînées. Armé, en configuration de combat, l'appareil a un rapport puissance poids de l'ordre de 1,2.

Source: Aviation Magazine n°755 de juin 1979.

Mirage F-1E.    Source: Science et Vie Aviation 1975.


"" Un Mirage 4000 pour qui ? ""
Développé sur fonds propres avec la participation pour les éléments qu'elles fournissent d'un grand nombre de société françaises (le motoriste, la Snecma, et de nombreux équipementiers), le Mirage 4000 est évidemment à la recherche d'un premier client. Deux scénarios peuvent être envisagés, quoique au stade actuel on n'aime pas aux Avions Marcel Dassault tirer publiquement des plans sur la comète et faire trop de commentaires.
Développé pour l'exportation, le Mirage 4000 trouve un client étranger qui souhaite disposer d'un avion polyvalent de hautes performances.
Bien que développé dans une perspective d'exportation, on ne peut s'empêcher, et c'est le deuxième scénario, ou peut-être le deuxième volet du même, de penser que le Mirage 4000 puisse trouver une place dans l'inventaire de l'armée de l'Air française si, un jour le budget français permettait, en plus des avions prévu au programme Mirage 2000, d'acquérir un certain nombre de Mirage 4000. 

Détail du train avant du Mirage 4000:
1 Tourillons d'attache sur voiles verticaux du logement de train.
2 Fût de train.
3 Vérin de Cde de train.
4 Timonerie de déverrouillage.
5 Amortisseur oléo-pneumatique.
6 Vérins d'orientation du diabolo et rappel dans l'axe.
7 Diabolo.
8 Trappes latérales à relevage automatique.
9 Trappes fermant le logement du train.
Source: Aviation Magazine n°755.
 Détail et cinématique du train principal du Mirage 4000.
1 Vérins de commande de train.
2Attache de vérin sur structure.
3 Tourillon d'attache sur longeron principal.
4 Tourillon d'attache avant sur longeron auxiliaire.
5 Axe de train sur structure. 
6 Fût de train articulé sur l'axe de train.
7 Vérin de position de train vers l'avant.
8 Amortisseur oléo-pneumatique, avec réduction de hauteur de jambe lors du relevage.
9 Circuit hydraulique. 
10 Freins à disques.
11 Trappes pantalon.
12 Trappe de compartiment pour le train principal.
Source: Aviation Magazine n°755.
Le Mirage 4000 est doté, on le voit, d'une pointe avant d'un diamètre très confortable. Elle peut donc abriter l'antenne radar très performant.
Source: Aviation Magazine n°755 de juin 1979.


"" Caractéristiques du Super Mirage 4000 ""
Dimensions:         Envergure 12 m.
                              Longueur 18,7 m.
                              Hauteur 5,80 m.
                              Surface alaire 73 m².
Masses:                A vide 13 400 kg.
                             Avec armement 16 100 kg.
                             Maximale 32 000 kg.
Performance:     Vitesse maximale 2 445 km/h    (Mach 2,2)
                             Plafond 20 000 m.
                             Vitesse ascensionnelle 18 300 m/min.
                             Rayon d'action 2 000 km.
                             Charge alaire 220 kg/m².
Armement:         Interne 2 canons de 30 mm + radar Thomson-CSF RDM.
                            Externe 8 000 kg de charge comme Magic II + GBU + réservoir + radar de suivi de terrain en pod.
Moteur:              2 Snecma M53-P2 x 9 700 kg avec postcombustion.
Nombre construit:  1.
                            

                                                                               Jean-Marie.

















  





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